Un locataire qui ne paie pas : voici exactement quoi faire, étape par étape
C’est l’une des situations les plus stressantes pour un propriétaire de petit plex : le loyer n’arrive pas, les jours passent, et l’inquiétude monte. Respirez : il y a une marche à suivre claire, et vous n’êtes pas démuni.
Premier réflexe : documenter tout, tout de suite.
Dès le premier retard, notez la date, gardez une trace écrite de vos communications (textos, courriels) et évitez les ententes verbales seulement. Cette documentation devient votre meilleur outil si le dossier doit se rendre plus loin.
Un retard occasionnel n’est pas la seule situation visée. Des retards fréquents, même s’ils finissent toujours par être payés, peuvent eux aussi être rapportés au TAL et mener à une résiliation de bail, s’ils causent un vrai préjudice (des frais, des soucis financiers récurrents). Ce n’est pas automatique comme pour un retard de plus de trois semaines : il faut le prouver, ce qui ramène à l’importance de tout noter dès le premier retard, même mineur.
Les étapes légales, dans l’ordre.
Communiquez d’abord, calmement, pour comprendre la situation. Parfois, un accommodement simple règle tout.
Si le loyer reste impayé, ou si les retards fréquents persistent malgré vos avis, une demande peut être déposée au Tribunal administratif du logement. Un retard de plus de trois semaines ouvre automatiquement la porte à une demande de résiliation de bail, sans que le juge ait à évaluer autre chose que le délai.
À quoi s’attendre, en résumé. Préparez votre dossier (bail, communications, calcul exact des montants dus), déposez la demande (des frais de dépôt s’appliquent, généralement entre 90 $ et 180 $ selon le type de demande), puis le locataire doit être avisé officiellement de la demande. Ensuite, l’attente : comptez souvent plusieurs mois avant l’audience, le TAL étant un tribunal très sollicité. Une fois entendu, le juge administratif peut rendre sa décision le jour même ou par écrit dans les semaines suivantes.
Ce qu’il ne faut jamais faire.
Changer les serrures, couper l’électricité ou l’eau, ou retirer les biens du locataire vous-même : ce sont des gestes interdits qui peuvent se retourner contre vous, même si le locataire est clairement en tort. La voie légale, bien qu’elle demande de la patience, protège vos droits et évite d’aggraver la situation.
Bien choisir le locataire dès le départ : la meilleure des préventions.
La façon la plus efficace de ne jamais vivre cette situation, c’est une sélection rigoureuse dès la candidature, appliquée de la même façon à tous les candidats. Une vérification de crédit avec le consentement écrit du candidat, une preuve de revenu (talons de paie ou lettre d’employeur), et un appel à un ancien propriétaire révèlent, ensemble, l’immense majorité des risques avant même la signature. Les antécédents judiciaires sont un sujet plus délicat, encadré par la loi pour éviter la discrimination : mieux vaut s’informer auprès d’un professionnel avant de les inclure dans votre processus.
Plus d’un nom sur le bail : les situations qui compliquent tout.
Des colocataires sur un même bail sont responsables du loyer selon les termes du bail : chacun pour sa part, ou solidairement (chacun peut être poursuivi pour le total) si une clause de solidarité est prévue, ce qui est fréquent. Si un colocataire quitte mais que son nom reste sur le bail, il demeure généralement responsable, sauf entente formelle avec vous pour l’en retirer.
La sous-location et la cession de bail sont deux droits différents du locataire : dans la sous-location, le locataire original reste responsable du bail; dans la cession, il en est généralement libéré une fois la cession acceptée. Dans les deux cas, vous avez 15 jours pour répondre à une demande officielle, sinon votre consentement est présumé.
Le décès d’un locataire ne met pas fin au bail automatiquement : il continue jusqu’à son terme. Le liquidateur de la succession, ou un héritier, peut y mettre fin avec un préavis de deux mois, dans les six mois suivant le décès. Une personne qui cohabitait avec le défunt peut aussi devenir le nouveau locataire si elle reste dans le logement et vous avise dans les deux mois.
Incarcération, hospitalisation de longue durée ou voyage prolongé ne donnent pas de droit automatique de rompre le bail : le locataire reste responsable, et la sous-location ou la cession restent ses meilleurs outils pour s’en libérer temporairement. Une exception existe pour une personne qui doit déménager dans une résidence adaptée à cause d’une perte d’autonomie, avec un préavis et souvent un certificat médical.
Des biens laissés dans le logement après un départ ne peuvent pas être jetés immédiatement, même si le locataire semble parti pour de bon. La loi vous oblige à les conserver, à vos frais, et à aviser l’ancien locataire : il dispose alors de 90 jours pour les récupérer (en vous remboursant les frais d’entreposage). Ce n’est qu’après ce délai que vous pouvez légalement les vendre, les donner ou vous en débarrasser.
Comment limiter les dégâts pendant le processus.
Continuez à documenter chaque échange. Si le climat le permet, gardez la porte ouverte à une entente à l’amiable : un départ négocié est souvent plus rapide et moins coûteux qu’une procédure complète.
Ce qu’il faut retenir.
Un locataire qui ne paie pas, ou une situation de bail qui se complique, n’est presque jamais une impasse : ce sont des situations avec une procédure claire pour les régler. Plus vous agissez tôt, plus vous documentez, et plus vous sélectionnez rigoureusement dès le départ, moins vous vivez ce genre de dossier.